La twittosphère comme prolongement du débat télévisé ? Quand ONPC reçoit l’écrivaine Nina Leger

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Pensé comme une nouvelle place de débat public et démocratique, Internet offre à tous la possibilité de s’exprimer au sein d’un même espace, afin de partager et ainsi de discuter ses opinions. À l’image d’un gigantesque talk-show, la toile parvient à donner la parole à des acteurs qui étaient, jusqu’ici, en marge du débat public.

Nina Leger lors de sa venue sur le plateau d'ONPC le 21 janvier 2017
Nina Leger sur le plateau d’ONPC le 21 janvier 2017 public

          Depuis quelques années, le développement des plateformes en ligne et notamment des réseaux sociaux a marqué l’avènement d’une nouvelle forme d’appréhension des contenus télévisuels. Les téléspectateurs ont désormais la possibilité d’interagir avec différents contenus en exprimant leurs réactions, leurs avis, leurs émotions ou encore leur mécontentement. Ce nouveau système s’articule de différentes manières, selon la nature du contenu, chose particulièrement visible sur la plateforme de microblogging Twitter.

 

 

          Dans le cadre d’une analyse de réactions à une émission, nous nous pencherons sur le talk-show “On n’est pas couché” (ONPC) diffusé durant la nuit du 21 au 22 Janvier 2017.  Cette émission, présentée par Laurent Ruquier, propose d’inviter des personnalités tels que des artistes, des hommes et femmes politiques ou des intellectuels, afin de leur permettre d’effectuer leur promotion tout en discutant de phénomènes de société. Ces discussions sont animées par les chroniqueurs Yann Moix et Vanessa Burggraf, qui donnent également leurs avis sur les différents sujets abordés. Nous nous intéresserons à Nina Léger, auteure et professeure à l’université Paris-8, invitée afin de présenter son ouvrage Mise en Pièce, et dont la présence a suscité de vives réactions aussi bien en plateau que sur Twitter.

          Dans le cadre d’une analyse précise des réactions concernant cet épisode d’ONPC, nous nous demanderons, dans un premier temps, si Twitter est en effet une place de débat et si cet outil s’inscrit dans la logique d’un espace public Habermassien. Nous nous intéresserons ensuite aux réactions des téléspectateurs afin de savoir si celles-ci sont le reflet du contenu et des propos diffusés ou, au contraire, si celles-ci s’inscrivent dans une dynamique différente de celle présentée dans l’émission. Enfin, nous examinerons le rôle de Laurent Ruquier et des chroniqueurs en tant que leaders d’opinion.

 

Quelle forme de débat sur Twitter ?

Pour qu’un espace soit considéré comme lieu de débat, plusieurs facteurs doivent êtres pris en considération. D’abord, une représentation de l’ensemble de la population française. Hors, comme le montrent les travaux de Julien Boyadjian, cette population est inégalement représentée sur le réseau social. En effet, il défend l’idée que Twitter n’est pas représentatif de la population française, et que si « Facebook bénéficie, parmi les réseaux sociaux, du plus fort taux de pénétration au sein de la population des internautes français (sondage IFOP, 2012), les individus inscrits sur Twitter sont [en revanche] très majoritairement des hommes ». De plus, cette étude permet d’observer que les jeunes y sont surreprésentés, contrairement aux plus âgés qui y sont sous-représentés. De même, les différentes catégories socio-professionnelles y sont inégalement représentées. Enfin, « on observe une très nette surreprésentation d’étudiants et dans une moindre mesure, de cadres et de professions intellectuelles supérieures. Les classes populaires sont nettement sous-représentées ». Dans notre cas d’étude, il apparaît une très nette inégalité géographique dans la publication de contenus sur Twitter. En effet, à l’échelle nationale, sur un corpus de 162 tweets (voir plus bas), 44 % des tweets et retweets ont été émis en région parisienne. On constate également une segmentation par grandes villes.

Aussi, si l’accès à la plateforme Twitter n’est pas généralisé, et si tout le monde n’y est pas représenté, pouvons nous qualifier cet espace dématérialisé comme étant un lieu de débat ? Comment positionner Twitter vis-à-vis des formes dites traditionnelles de l’espace public?

Junguer Habermas, l’un des grand penseur de l’espace public est parmi les premier à avoir théorisé l’espace public. Il étudie l’espace public dans le contexte bourgeois (les salons privés etc.) propre à son temps, et caractérise l’espace public comme un « espace de raison ». Selon lui, cette rationalité des individus passe par les délibérations. Plus ces délibérations sont nombreuses et plus l’espace public est fort. Cette vision semble cependant assez réductrice et semble correspondre à une certaine époque.

« @ninaleger1 invitée de #onpc L’avis de @diacritik sur Mide en pièces @Gallimard http://…. »

Si ce tweet, extrait de notre corpus, possède un caractère informationnel qui peut en effet amener à une certaine délibération, il constitue cependant une exception, en ce sens qu’il est l’un des seuls possédant ce caractère. Nous reviendrons sur ce point plus loin.

L’universitaire Nancy Fraser critique cette vision habermassienne et défend une approche post-bourgeoise de l’espace public, qui est selon elle composée « d’arènes multiples », et donc « d’arènes subalternes ». Cette vision semble plus proche de notre époque, celle du web 3.0. Faut-il alors considérer Twitter comme une composante virtuelle de l’espace public, et donc comme une “arène subalterne” où a lieu le débat, dans un espace globalisé composé de l’espace public « traditionnel » et de ses nouvelles composantes, « modernes » ?

Les travaux de Maud Vincent sur le forum de l’émission France 2 « On ne peut pas plaire à tout le monde » peuvent nous apporter des clés de compréhension pour le sujet abordé dans cet article. En outre, les contenus Twitter en rapport avec l’émission ONPC du 21 janvier dernier (passage de Nina Leger) peuvent être considérés comme les composants d’un « forum médiatique ». Selon Maud Vincent, ces forums permettent la « rencontre d’individus aux opinions et appartenances variées, contrairement aux forums spécialisés qui sont souvent privés et/ou restreints à des « experts » se sachant membres d’une communauté d’intérêts ». Il est cependant important de relativiser la caractérisation de ces forums médiatiques car, en réalité, Twitter est un espace d’expression de points de vue, et non d’échanges. L’auteur parle ainsi d’un « espace communicationnel non conversationnel », où les participants ne réagissent pas en prenant en compte la parole de l’autre. À titre d’exemple, 56 % des contenus concernant Nina Leger et ONPC les 21 et 22 janvier 2017 sont de l’édition de tweet, 44% sont des retweets. Toujours selon Maud Vincent, « en proposant des forums de débat à des publics profanes, l’internet alimenterait la culture civique commune et participerait d’un élargissement de l’espace public. De ce fait, nous pouvons très certainement considérer Twitter et plus généralement les réseaux sociaux / le web comme une « extension » à l’espace public traditionnel et habermassien. Notons cependant que la qualité de la démocratie dépend de la participation des citoyens. Pour Peter Dahlgren, « malgré le fait que les médias fournissent des ressources clefs pour un grand nombre de conversations entre citoyens, c’est la discussion en tant que telle qui fait vivre l’espace public ». Dans cette optique, que penser de ce tweet, paru lors du passage de Nina Leger sur le plateau d’ONPC, qui se veut très descriptif et pas tellement propice à la discussion:

« La @ninaleger1 a l’air de ce faire chier comme un rat mort »?

Finalement, pouvons nous parler de Twitter comme d’un espace de débat? Ou bien cette affirmation n’est-elle qu’une utopie dont la réalité est tout autre? Dans la conclusion de ses travaux, M. Vincent admet que « l’absence de compréhension intersubjective et l’envahissement du forum par une minorité véhémente le transforme en un espace public dégradé, révélant une citoyenneté contemporaine ambivalente ». Qu’en-est il de Twitter ?

 

Twitter, lieu d’expression et de débat ou gigantesque défouloir ?

Au cours de notre enquête, nous avons pu remarquer que les apparitions et les interventions de Nina Léger ont suscité différents types de réactions de téléspectateurs sur Twitter. Nous avons recensé environ 162 tweets concernant les apparitions de l’auteure à l’écran. Ces réactions vont du simple commentaire aux critiques élogieuses en passant (très souvent) par des interventions explicitement sexistes. Sur ces 162 tweets, 133 sont en effet très désobligeants à l’encontre de Nina Léger.

La plupart de ces commentaires à portée péjorative sont animés par la surprise et l’incompréhension de l’histoire que l’auteure raconte dans son livre. « La Nina on va dire qu’elle est un peu étrange 😉 #ONPC », @A__L__I__ ». Ce dernier ajoutera quelques minutes plus tard « Je la trouve vraiment pas mal cette Nina #ONPC ». Bien que certains de ces tweets ne soient pas nécessairement insultants, il est souvent question de la sexualisation de l’auteure, notamment du fait de son aspect physique et de son âge.

« Ok donc la bombe brune à imprimé tropical est écrivaine. Nina Léger qu’elle s’appelle <3 <3 <3 #onpc », @ApocalypseRhum.

Ici, Léger est qualifiée de bombe plutôt que d’écrivaine. Ses attributs physiques transcendent donc la véritable raison pour laquelle elle a été invitée, c’est à dire, promouvoir son ouvrage.

Même si certains d’entre eux essayent de faire preuve d’humour et/ou de second degré, beaucoup de ces réactions s’avèrent extrêmement dégradantes et pour la plupart du temps très misogynes. Sans surprise, 90% des auteurs de ces tweets sont des utilisateurs masculins, certains très actifs sur Twitter tandis que d’autres ne tweetent que très ponctuellement. Ceux-ci profitent ainsi de l’anonymat afin d’exprimer des propos qu’ils n’auraient peut-être jamais prononcé en public, car socialement inacceptables.

« Bon ALLEZ madame leger une petite pipe et vais au li… 😉 #ONPC », @markkoshh.
« @ONPCofficiel @NinaLeger1 Rectification « on SE termine avec Nina Léger #ONPC », @CowTent1.

Ici, on remarque que Léger est réduite à un simple objet sexuel, alors même qu’elle valorise la sexualisation du corps masculin à travers son ouvrage comme une réponse à l’hyper sexualisation des femmes au sein de notre société. On remarque notamment qu’uniquement 8 tweets la concernant sont du registre mélioratif (Hommes/Femmes confondus).

« #ONPC après le discours avec deux personnages/comédiens attachants, une prof d’art plastiques que j’aurais bien aime avoir : Nina Léger », @mapyntonga.
« C’est tout nina leger ? ??? On se tape Claude pendant 1/2h et la 5 minutes… triste émission #onpc3, @Inmemoriam64.

Même si certains ont pu être touché par l’auteure et ont pu remarquer que celle-ci manquait cruellement d’attention, ce genre de tweets demeure extrêmement minoritaire face au déversement négatif, quasi-haineux dont elle est victime. Nous avons cependant été surpris lorsque nous avons remarqué qu’une vingtaine d’auteurs de tweets désobligeants voire sexistes à l’encontre de Nina Léger sont des femmes.

« Je ne sais pas ce que vaut le livre de cette Nina, mais elle est insupportable et méprisante. Une tête à claques *smiley énervé* #ONPC3, @LydiaDumont.
« Je paris 50€ que Nina est une nymphomane #ONPC », @Nayfi21.

Ces tweets sont des exemples typiques d’une totale « absence de compréhension intersubjective » et de « civilité », (La dégradation du débat public, Maud Vincent, 2007).

Nina Léger n’est pas la seule à s’attirer les foudres des utilisateurs de Twitter. En effet, les chroniqueurs ne sont pas épargnés, notamment Vanessa Burggraf qui est également victime d’attaques misogynes, Ruquier de propos homophobes ou encore Yann Moix à qui on reproche une agressivité à peine dissimulée à l’encontre de Léger.

« #ONPC @MrYannMoix part dans le délire et l’agressivité contre Nina léger, juste pour agresser une femme calme. lui le faux intellectue », @Mzabi321.

Cet utilisateur évoque ici la manière dont Moix critique le travaille de Léger, qu’il qualifie de « catastrophique » mais aussi et surtout d’ « obscène », de manière à la déstabiliser lors des justifications qu’elle est obligée de donner. On peut d’ailleurs établir une analogie entre le plateau de ONPC et un tribunal dans lequel l’accusé, jugé, doit tant bien que mal se faufiler entre les accusations du procureur. Dans ce tribunal, les utilisateurs de Twitter correspondent à un juré qui prononce sa sentence, souvent sous le coup de l’émotion plutôt que de la réflexion.

Comme souvent sur Twitter, les tweets pertinents et réfléchis à propos de cette émission sont rares, voire inexistants.
Bien qu’une petite partie des téléspectateurs ait publié des tweets affichant un soutien à l’auteure, ceux-ci ne sont pas pour autant plus argumentés que les messages à caractères péjoratifs. Comme pourrait le penser Maud Vincent, les réseaux sociaux sont pensés initialement pour entamer des dialogues, afin de trouver des solutions à des problèmes sociétaux. La grande majorité de ces réactions « ne sont pas argumentées et se présentent comme des cris de colère, voire d’injures » (Maud Vincent, La Dégradation du Débat Public: Le Forum de l’Emission “On ne peut pas plaire à tout le monde”, 2007).

Le modèle Twitter en tant qu’espace public peut expliquer les dérapages des utilisateurs. Cette place dans laquelle beaucoup pensent que tout est permis, notamment grâce à l’anonymat, n’est que trop peu, voire pas du tout modérée. Pour cette raison, nombreuses sont les personnes qui se permettent des propos qu’elles n’auraient jamais prononcé devant un public physique par peur du jugement des autres. La course à la popularité (RT) ainsi que l’interprétation des messages et des valeurs transmis durant une émission peuvent être vecteurs de ces commentaires superficiels.

Des chroniqueurs comme relais d’opinion de la Twittosphère?

L’une des caractéristiques premières d’un débat public est la présence de ce que Paul Lazarsfeld et Elihu Katz appellent, dans leur théorie de la communication à double-étage, un leader d’opinion. Selon eux, une personne prend position sur un sujet donné en fonction de son entourage. Au sein de cet entourage apparaissent des personnes plus influentes, les leaders d’opinion, plus exposées aux médias et par conséquent à même d’effectuer un tri des informations reçues, pour n’en sélectionner et relayer qu’une partie. Un message est donc véhiculé en deux temps: celui-ci est d’abord reçu par les influenceurs qui transmettent ensuite leur choix à leur entourage. Cette théorie nous a amené à nous interroger sur le rôle de Laurent Ruquier et de ses chroniqueurs. En effet, on peut se demander si ces derniers, en tant que relais d’opinion qui trient les informations transmises par Nina Léger et prennent position sur son propos et son livre, guident l’opinion dominante sur Twitter. Cette opinion est-elle fidèle à celle de l’équipe d’ONPC?

Premièrement, il semble que les réactions des internautes visent en premier lieu non pas l’analyse du roman de Nina Leger, mais plutôt sa personne. En atteste ce Tweet de @TweetAllure, pour qui « Nina Leger c’est le genre de meuf que tu croises en after complètement perché et qui commence à te parler de philosophie… #ONPC ». Nous pouvons également constater la présence de Tweets inscris plutôt dans un registre comique: « #ONPC Nina Leger voulait regarder la bite de plus près! », @Albert2Belgik. Pour cet utilisateur, les multiples rappels faits par Laurent Ruquier pour indiquer que le personnage du livre de Nina Leger, Jeanne, n’était pas représentatif de l’auteure ne l’empêche pas de ne pas en penser moins. Il est intéressant de noter que ce phénomène ne touche pas que l’écrivaine, comme le montre @Mzabi321 qui considère que « @MrYannMoix part dans le délire et l’agressivité contre Nina léger, juste pour agresser une femme calme. lui le faux intellectuel ». Ces trois exemples nous permettent de conclure que l’utilisateur de Twitter semble imperméable au message des présentateurs, et qu’il ne véhicule pas d’opinion allant dans leur sens. Son propos ne cherche pas à approfondir la discussion ou à prendre position, mais plutôt à décrire ce qu’il voit et ressent, indépendamment du débat se tenant en plateau. On pourrait comparer On n’est pas coucher à une arène, dans laquelle le spectateur et @KarinaRedouane « attend juste de jubiler devant Yann Moix qui la descend en flèche, la nina ».

Cependant, cette conclusion nous permet d’élargir notre réflexion. En effet, si la prise d’opinion ne se fait pas via un ralliement à la position d’un des chroniqueurs, on peut pourtant remarquer que les usagers de Twitter prennent position sur les personnalités et ce qu’elles évoquent. Qu’il s’agisse de @LydiaDumont, qui « ne sait pas ce que vaut le livre de cette Nina, mais elle est insuportable et méprisante. Une tête à claques », ou @MClauddia qui, suite à une intervention de Jean Lasalle, indique qu’ « il a toujours été un prêchi-prêcha le Yann Moix @ONPC que lui qui a la vérité! Arrogant, prétentieux, aucune politesse! », il apparaît clairement que le débat se fait sur la validation ou non des belligérants en tant que personnes. @LydiaDumont, qui admet qu’elle ne sait pas ce que vaut le livre de Leger, rejette l’écrivaine et ne s’exprime pas dans le cadre d’un débat mais plutôt dans celui du jugement d’une personne dont les idées ne sont, par rapport à son image, que très peu importantes. Nous sommes donc dans la continuité de ce à quoi pourrait ressembler une conversation dans l’espace public traditionnel. Sa version numérique n’en représente qu’une variante, somme toute similaire.

Ainsi, si l’influence des chroniqueurs, (que, rappelons le, nous avons dans le cadre de cette enquête choisi de considérer comme relais d’opinion) sur la twittosphère semble à première vue restreinte, il apparaît pourtant que les usagers de la plateforme prennent part à une certaine forme de discussion, non pas axée sur le fond mais sur la forme, non démocratique car tenant plus à l’appréciation d’une sorte de joute, dont la finalité tient du divertissement, où les belligérants seront soit validés, soit dénigrés, et ce qu’importe leur message. L’influence des chroniqueurs sur la twittosphère semble donc mitigée. Par conséquent, il serait judicieux d’élargir notre terrain d’enquête afin de s’interroger sur la présence éventuelle de leaders d’opinion au sein même de Twitter, qui influencerait le reste des usagers. À défaut d’être réellement visible dans le cadre d’un message échangé de le TV à Twitter, une telle recherche pourrait nous aider à comprendre si la présence de relais d’opinion est observable dans un contexte Twitter/Twitter. Pour se faire, il conviendrait d’utiliser un corpus de tweets plus large que celui utilisé lors de cette recherche, et donc une émission de télévision permettant une plus grande interaction de Twitter, notamment en attachant un soin particulier à une analyse quantitative et qualitative du nombre d’abonnés et de retweets des membres de ce corpus.

 

Conclusion

          La brièveté et la rapidité des messages publiés, qui sont la marque de fabrique de Twitter, peuvent en partie expliquer la valeur pulsionnelle de la plupart des messages. En effet, l’empathie, la compréhension et l’intérêt général sont laissés de côtés pour faire place aux individualités sourdes, parfois pour le meilleur mais le plus souvent pour le pire. La forme de débat est alors totalement supplantée par la fonction divertissante du programme qui est, à l’image de Twitter, inadapté au débat démocratique. Pour étayer notre argumentaire, nous avons dans un premier temps pu constater une inégale représentation de la population française sur Twitter. Nous avons ensuite démontré que la vision post-bourgeoise de l’espace public théorisé par Nancy Fraser est plus en corrélation avec ce qu’est réellement Twitter aujourd’hui que la vision habermassienne. Enfin, nous nous sommes aperçu que s’il était intéressant d’appliquer la théorie du two step flow of communication et du leader d’opinion à un contexte d’échange entre l’émission On n’est pas couché et Twitter, il s’avère en fait que la présence d’un entourage, au sens Lazarsfeldien du terme, qui comprendrait les chroniqueurs d’une part et la twittosphère de l’autre, est très relative. Aussi, nous avons estimé qu’il serait nécessaire d’établir un nouveau terrain d’enquête, qui comprendrait un corpus de tweets plus conséquent, et donc d’une émission de télévision à l’impact plus manifeste, afin de révéler l’existence de leaders d’opinion au sein des usagers de Twitter ainsi que ses enjeux. Le format du talkshow américain pourrait répondre à cette exigence, en nous permettant notamment de discerner le traitement qu’il réserve à la forme et au “superficiel”, au fond et au “construit” des sujets qu’il aborde. De même, celui-ci nous permettrait d’approfondir notre analyse pour nous concentrer sur la présence éventuelle d’influenceurs américains, potentiellement synonyme d’une forme d’impérialisme culturel des Etats-Unis.

 

Martin, Zacharie et Baptiste

Bibliographie

  • BOYADJIAN JULIEN, « Twitter, un nouveau « baromètre de l’opinion publique  ? », in:Participations, 2014/1 N° 8, p. 55-74.
  • DAHLGREN PETER, RELIEU MARC, « L’espace public et l’internet. Structure, espace et communication », in: Réseaux, volume 18, n°100, 2000. Communiquer à l’ère des réseaux. pp. 157-186
  • LAZARSFELD PAUL, KATZ ELIHU, « Influence personnelle. Ce que les gens font des médias », Paris: Armand Collin, 1955. 416p.
  • VINCENT MAUD, « La dégradation du débat public : le forum de l’émission « on ne peut pas plaire à tout le monde », in Hermès n°47, 2007.

2 commentaires Ajoutez le votre

  1. Leonie dit :

    L’article « La Twittosphère comme prolongement du débat télévisé ? Quand ONPC reçoit l’écrivaine Nina Léger » expose un véritable questionnement sur le débat public à l’ère des médias sociaux (ici, Twitter). Question qui se pose de plus en plus notamment dans le domaine politique toujours en quête d’une démocratie plus adaptée aux évolutions que rencontrent notre société.
    Comme l’explique l’article, Twitter se veut être un nouvel outil démocratique permettant de libérer la parole de ceux qui ont été enfermés dans un certain mutisme, soit parce qu’ils n’avaient pas accès aux espaces de débat public, soit parce qu’ils n’en avaient tout simplement ni la légitimité, ni le statut. Suite à l’ère numérique et l’émergence des réseaux sociaux, les barrières d’antan mises en place par la classe dominante et privilégiée possédant le monopole de la prise de parole se sont progressivement vues s’affaiblir. Maintenant, on demande l’avis du public, le bad buzz est une menace constante pour les espaces publics et ce qui s’y passe.
    Dans l’utopie des médias sociaux, Fraser pourrait ainsi obtenir ce qu’elle préconisait. Un débat public qui se développe dans de « multiples arènes », rendant possible une accessibilité au débat pour les « catégories auparavant exclues », une plus grande diversité d’opinions et donc un débat possiblement plus égalitaire.
    Mais par la récolte de données statistiques, les auteurs de l’article montrent bien que c’est une fausse réalité quand on voit que Twitter concentre une majorité d’utilisateurs de tel sexe, de tel âge et qu’ainsi l’espace est loin de représenter toutes les catégories d’individus.
    Il est également important de ne pas négliger la dérive qui en découle car cela a bouleversé le sens de l’opinion publique. Il advient aujourd’hui que malgré cette extension du débat public, l’opinion publique n’est plus réellement collective puisqu’elle résulte, par le biais des réseaux sociaux, « d’un ensemble désorganisé d’opinions multiples et purement individuelles généralement sous couvert de l’anonymat » (Rosanvallon).
    Cela illustre bien le processus d’individuation de Norbert Elias qui est toujours d’actualité avec des individus se sentant de plus en plus autonomes mais aussi en interdépendance renforcée avec les autres.
    A l’égard de l’autonomie individuelle, les plateformes numériques de discussion (comme le cite l’article) ouvrent un espace public de débat certes plus égalitaire, plus riche en points de vue et ce par une plus forte probabilité de divergences, mais de par la forte individualisation des individus, peuvent aussi contourner son but premier : arriver à une position commune pour apporter des solutions aux problèmes traités.
    Effectivement, sur Twitter, on assiste plus à une émanation hâtive des émotions des individus (comme le montre l’étude de cas des auteurs de l’article). Le débat ne s’exerce donc pas réellement.
    Les tweets futiles dans le cas de Nina Léger se multiplient et dépassent complètement le point névralgique du débat en question : l’hyper sexualisation de la femme, le tabou autour de sa sexualité. En analysant le prolongement de l’émission ONPC avec Nina Léger sur Twitter, on observe une profonde absence de rationalité dans les « arguments » publiés, si on peut les nommer comme tels. On est bien loin d ’un dialogue raisonné que défendait Habermas, où le « logos » est absolument essentiel au débat.
    Finalement, le constat est tel qu’on assiste plus à un éclatement de la collectivité engendrée par une balkanisation des opinions qu’à un rassemblement d’idées constructives pour atteindre une position commune.
    Puis, comme évoqué précédemment : l’interdépendance paradoxale face à cette autonomisation qui se constate dans notre environnement socio-culturel où l’exhibition de son intimité est de plus en plus généralisée. Considérons qu’elle cache secrètement l’obsession des individus à préserver leur réputation et à rester dans une course folle à la popularité (très bien soulignée par l’article avec le RT comme illustration) créée par une attente sociale expressément ambiante depuis l’avènement des réseaux sociaux. Car oui, il serait naïf de nier l’impact des médias sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram car ils exercent une influence sur la considération et le regard de chacun sur les uns et les autres amenant à cette « interdépendance ».
    C’est sur ce point que nous pourrons rajouter un détail à cet article en prenant appui sur ces considérations, notamment sur la question portant sur l’influence que pourrait avoir les chroniqueurs sur les téléspectateurs qui twittent.
    L’article met en exergue qu’il pourrait y avoir une corrélation entre le traitement dont a bénéficié l’écrivaine sur le plateau d’ONPC par les chroniqueurs/présentateur et le traitement que lui a offert les twitters, singulièrement les propos sexistes (à base d’invectives, de moqueries belliqueuses) et le fait de publier des diatribes sur la personne plutôt que des commentaires portant sur l’ouvrage de l’écrivaine qui pourtant, s’est évertuée allègrement d’en expliquer l’essence tout au long de son interview.
    Cependant, les auteurs de l’article ont délibéré en mettant plutôt en lumière le rapport à l’image des personnes et le fait que le jugement des personnes sur Twitter prédomine face la création d’un débat argumenté sur l’ouvrage.
    Ils ont par ailleurs argumenté leurs propos en opposant les tweets qui attaquent tout autant les chroniqueurs et présentateur en tant que personne.
    Comme eux, il nous a paru certes probable au regard de la starisation des individus médiatisés qui engendrent des comportements d’appréciation importants par les téléspectateurs, que ces derniers puissent avoir une influence sur les opinions des twitters-téléspectateurs.
    Néanmoins, nous ajouterons qu’il est important de rappeler que les médias sociaux comme Twitter sont en premier lieu des espaces de socialisation, « lieux de rapports d’affection » fonctionnant sur un système de mise en réseau public mais aussi de prime abord privé. Les individus constituent avant tout leur réseau avec des personnes proches, de leur entourage qui sont véritablement selon l’idée de Paul Lazarsfeld et Elihu Katz des leaders d’opinion. On pourrait se demander si ce ne sont donc pas eux qui influent sur la publication des opinions des individus.
    Dans le cas d’une opinion politique par exemple, un individu se passerait d’exprimer sa véritable opinion ou alors l’allègerait si celle-ci est dissidente à celle de ses proches car elle pourrait froisser son image. Les tweets pourraient supposément jouer un rôle de représentation virtuelle, une image de celui qui les publient, et pourraient en conséquence être contrôlés selon l’appréhension de la considération et l’approbation des « leaders d’opinion ».
    Autrement, en analysant certains tweets plutôt moqueurs, on peut aussi se dire qu’en sachant que leurs tweets sont visibles par leurs amis, leurs familles, certains peuvent publier des tweets inutiles ne participant pas du tout au débat juste pour attiser les railleries et leur attention.
    Ces aspects que nous avons relevés, confortent alors encore une fois l’idée que même si Twitter pourrait être un espace public intéressant pour la démocratie, elle ne favorise pas véritablement le débat. Peut le polluer, le dégrader ou le polariser.
    Enfin, il semblerait toutefois judicieux (comme les auteurs l’ont justement indiqué) de préciser que le cas d’étude exposé ne permet pas d’explorer significativement la qualité de Twitter à être un lieu de débat. L’interview de Nina Léger est assez courte et l’écrivaine a en conséquence eu très peu de temps pour développer le sujet qui pouvait amener un véritable débat, son maigre temps de parole étant englouti par les frivolités de ses interlocuteurs.
    De plus, Nina Léger est une personnalité nouvelle, peu connue, elle n’a donc été que peu tweetée car ce sont principalement les personnalités déjà fortement médiatisées par les médias dits traditionnels qui sont par application les plus suivies et les plus commentées. En résultat, le corpus ne pouvait qu’être restreint par rapport à celui qui aurait porté sur une personnalité politique (à l’exception d’une altercation durant l’émission, mais ici ça n’a pas été le cas). L’éclosion de débats sur Twitter repose généralement sur des polémiques et des confrontations expressément violentes entre des personnalités à forte notoriété.
    Nous observons ici une plateforme de discussion se révélant comme un défouloir aux allures de tribunal, un lieu participatif aux expressions irrationnelles, ou encore un espace poreux entre le débat public et la discussion ordinaire plutôt qu’un véritable lieu de débat à visée démocratique.

    CERVULLE MAXIME, PAILLER FRED, « #mariagepourtous : Twitter et la politique affective des hashtags », 2014.
    HABERMAS Jürgen (1961), « L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la sphère bourgeoise », 1961.
    VINCENT MAUD, « La dégradation du débat public : le forum de l’émission « on ne peut pas plaire à tout le monde », 2007.

  2. Baptiste BEAUCHAMP dit :

    /// Réponse de Zacharie, Martin et Baptiste au commentaire de Léonie et Laura ci-dessus ///

    Bien que le développement des réseaux sociaux offre l’opportunité à des millions d’individus de s’exprimer librement, nous assistons effectivement à une absence quasi-totale de débat argumenté sur Twitter concernant l’intervention de Nina Léger dans ONPC. L’argumentaire laisse malheureusement très souvent place à des réactions très souvent régies par l’émotion plus que par la raison. Plusieurs facteurs tels que l’anonymat ou encore la brièveté des textes publiés peuvent en partie expliquer de telles réactions. Cependant, on peut également noter l’importance que joue la course au buzz et aux RTs dans l’élaboration de ces réactions et commentaires.

    Comme vous l’avez bien décrit, le cas de Twitter est ici très représentatif des « multiples arènes » décrites par Nancy Fraser, s’inscrivant ainsi dans la continuité de la construction d’un espace public démocratique et surtout diversifié. On peut cependant noter que cette logique ne s’applique souvent pas dans les commentaires de contenus télévisuels et reste donc cantonnée aux débats politiques et sociétaux  qui font également partie intégrante des réseaux sociaux tels que Twitter. Ici, les réactions, encouragées par les animateurs de l’émission, sont donc très souvent totalement dénuées d’arguments et donc de chances d’entamer un débat construit et basé sur le « logos ». C’est là que l’on peut qualifier d’utopie Twitter en tant qu’espace public démocratique, d’une part par l’absence de débat concernant les contenus télévisuels  et d’autre part du fait que les « commentateurs » de ces programmes ne sont que très rarement représentatifs de la réalité des opinions.

    La notion d’anonymat tend ici à normaliser des propos jusqu’alors très marginalisés au sein de la société. Ces propos ne sont d’ailleurs pas représentatifs des opinions des auteurs mais traduisent souvent une quête de reconnaissance et de visibilité dans le cadre d’une sur-exposition toujours plus grandissante de l’individu par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Les utilisateurs pensent d’abord la valeur spectaculaire de leur propos avant même d’en évaluer la pertinence, sans même se donner la peine de se mettre à la place de l’autre. Comme vous l’avez également évoqué, cela s’inscrit donc dans le processus d’individualisation Eliassien, offrant donc de plus grandes opportunités au peuples de l’exprimer via ces nouvelles plateformes. Cependant, on remarque que les utilisateurs ont tendance à reprendre, souvent de manière plus crue, les propos ou les positions des leaders d’opinions. On peut en effet témoigner d’une certaine décrédibilisation de Nina Léger sur Twitter, à l’image de son intervention lors de l’émission, biaisée par les remarques ou critiques intempestives des chroniqueurs, particulièrement de Yann Moix.

    Les diverses réactions engendrées par l’ouvrage de Léger soulèvent et confirment le problème de l’hyper-sexualisation de la femme. En effet, l’écrivaine est avant tout caractérisée par sa condition de jeune femme plutôt que par ses qualités d’auteure, et son intervention provoque ainsi un grand nombre de réactions sexistes et désobligeantes. Cependant, la quasi-totalité de ces remarques s’inscrivent souvent dans une logique de second degré à vocation spectaculaire, uniquement dans le but de se faire reconnaître au sein de la communauté. La majorité des twittos ne pensent guère aux conséquences de leurs propos. On peut notamment expliquer ce manque d’empathie par la distance entre l’auteur d’un tweet et la personne visée par ce même tweets. Ce phénomène confirme encore une fois la particularité de
    Twitter en tant qu’espace public car cet outil est en effet très différent et surtout beaucoup moins codifié et régulé qu’un espace public physique traditionnel. Même si Twitter regroupe « quelques personnes pensant par eux-mêmes » en reprenant les termes de Kant, la vocation principale des twittos n’est que très rarement consensuelle et tend donc à renforcer leur condition individuelle en perdant de vue l’intérêt et le bien commun. De ce point de vue, on assiste bel et bien à une « dégradation du débat public » (Maud Vincent) au sein de l’espace public que représente Twitter, voir parfois une absence totale de débat.

    Par conséquent, nous somme dans l’ensemble d’accord avec votre propos. En effet, le corpus analysé ne nous a pas paru aussi représentatif que celui constitué d’une émission bénéficiant d’une plus grande visibilité et rassemblant des personnalités plus médiatisées. Dès lors, il était difficile de tirer des conclusions allant dans le sens, ou non, de notre hypothèse de départ, et c’est donc logiquement que nous prenons ces résultats avec des pincettes. Cependant, ce terrain d’enquête nous permet néanmoins de soulever des questions d’importance, comme citées plus haut. Par exemple, la possibilité d’émettre l’hypothèse que nous avons à faire non plus à un espace public mais à des espaces publics, pluriels, qui découleraient directement des « multiples arènes » que décrivait Nancy Fraser. De même, il est en effet envisageable de voir la présence de leaders d’opinions respectant la description que vous en faites, c’est à dire celle qui voudrait que les « individus constituent avant tout leur réseau avec des personnes proches, de leur entourage qui sont véritablement selon l’idée de Paul Lazarsfeld et Elihu Katz des leaders d’opinion », mais il semble cohérent de supposer que ces enjeux sont en fait multiples, et qu’on assisterait plutôt à une multiplication des filtres. Ces filtres, qui correspondent aux leaders d’opinion, peuvent notamment se voir multipliés du fait que les personnes de l’entourage de ces réseaux, qui constituent les leaders, peuvent eux aussi voir leur opinion influencée par un ensemble de facteurs, dont les positions des chroniqueurs, mais pas seulement. Par exemple, dans quelle mesure est ce que le public et ses réactions, même si en partie guidées par un ambianceur qui lui indique à quel moment applaudir, ne pourrait pas lui aussi influencer le téléspectateur? Nous pouvons émettre l’hypothèse que les réseaux de personnes proches doivent aujourd’hui être envisagés de façon plus large qu’à l’époque de Lazarsfeld, car nous nous retrouvons plus dans un contexte de foule, même si numérisée, que dans un groupuscule d’individus rassemblés dans un domaine privé. Aussi, il parait nécessaire de confronter ces théories avec d’autres, plus focalisées sur le Web et ses enjeux. Car comme vous le dites (et nous sommes en cela d’accord), « même si Twitter pourrait être un espace public intéressant pour la démocratie, elle ne favorise pas véritablement le débat », il conviendrait donc de chercher à comprendre ce qu’il favorise concrètement. C’est donc une ébauche de compréhension de cette problématique que nous avons voulu commencé à aborder et à coucher sur le papier, où nous n’envisagions non plus l’espace public en tant que tel mais plutôt les enjeux qu’il conviendrait d’étudier, et comment les étudier. Dès lors, nous ne pouvons que répéter ce que nous affirmions dans notre article et que avons répété plus haut: il conviendrait d’effectuer une analyse d’un corpus plus ambitieux et d’y accorder un temps plus conséquent, afin de pouvoir réellement enquêter et pourquoi pas trouver une réponse à nos interrogations.

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    Bibliographie :

    -Les réseaux sociaux sur Internet à l’heure des transitions démocratiques, Najar Sihem, 2013
    -Réponses à la question : qu’est-ce que les Lumières ?, Emmanuel Kant, 1784
    -L’espace public, Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la sphère bourgeoise, Jürgen Habermas, 1961
    -La dégradation du débat public : le forum de l’émission « on ne peut pas plaire à tout le monde », Maud Vincent, 2007
    -La société du spectacle, Guy Debord, 1967

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