ONPC, SPHÈRE PRIVÉE ET ESPACE PUBLIC, UNE ALLIANCE POSSIBLE ?

En octobre 2017, l’affaire Weinstein éclate et fait la une des journaux du monde entier. Cette affaire d’agression sexuelle et de harcèlement déclenche un mouvement social sans précédent : Le mouvement Me Too (Balance Ton Porc pour la version Francophone). Cette campagne de dénonciation des violences sexuelles faites aux minorités naît, dix ans plus tôt, de l’initiative de la militante américaine Tarana Burke. Elle est relancée sous la forme d’un hashtag par l’actrice Alyssa Milano en 2017. Ce mouvement de partage libérateur sans précédent (plus de 200 000 partages en quelques jours), atteste des chiffres désastreux et inchangés des abus que les femmes subissent quotidiennement. En France plus d’une femmes sur deux déclarent avoir été victime de harcèlement ou de violence sexuelle. Ces femmes qui prennent la parole, unies malgré elles par une atrocité commune n’ont pas toutes la même manière d’appréhender ce traumatisme. Avant la création de ce mouvement fédérateur, des femmes en indignation et en incompréhension face au silence qui accompagne ces violences, livrent leur témoignage pour que les choses changent.

On n’est pas couché (ONPC) est une émission de débat, qui a vu le jour il y a douze ans. Elle est co-produite par Catherine Barma et le présentateur de l’émission Laurent Ruquier. L’émission emprunte un ton polémique grâce à une succession de chroniqueurs, au fil des saisons, forts de leurs avis personnels. Ces derniers critiquent, les oeuvres, les actes, les créations… Des invités, de manière parfois très hostile. Enregistrée devant un public, l’émission dure de trois à quatre heures, elle fait partie des plus longue du paysage audiovisuel français.

Lors de l’émission du 30 Septembre 2017, les intervenants qui entourent le présentateur, sont Yann Moix écrivain et cinéaste français et l’auteure Christine Angot. Les invités présents sur le plateau sont : Gérard Collomb ministre de l’Intérieur, l’écrivain Eric Romand, les chanteurs Sheila et Raphaël, le réalisateur Nicolas Vanier et enfin la femme politique ex-secrétaire nationale adjointe EE-LV (Europe Ecologie Les Verts) Sandrine Rousseau. Cette dernière est invitée pour présenter son livre Parler, récit autobiographique sur son harcèlement et agression sexuelle qu’elle a subit de la part de Denis Baupin au sein de son ancien parti politique. Sandrine Rousseau se manifeste avec la volonté de livrer un témoignage et de parler de son expérience afin que les femmes victimes d’abus sexuelles, encore trop nombreuses dans notre société, ne s’enferment pas dans le silence et parlent mais surtout qu’elles soient entendues. Cette émission ayant essuyé de nombreuses critiques suite à sa diffusion pour l’indélicatesse des chroniqueurs envers Sandrine Rousseau et son histoire assoit la réputation scabreuse du talk-show.

La culture du buzz, une dégradation de l’espace public

ONPC présente un espace de discussion organisé via la médiation de Laurent Ruquier et de ses deux chroniqueurs Yann Moix et Christine Angot. L’émission soulève souvent de grandes polémiques médiatiques dues aux milieux auxquels appartiennent les invités : écrivains, politiques, chroniqueurs, journalistes, acteurs. Les chroniqueurs ont un rôle d’expert et de relais de l’opinion, en effet, comme dans  le cas des invités de la séquence que nous allons étudier, Yann Moix et Christine Angot sont censés avoir lu le livre Parler de Sandrine rousseau et donc faire preuve d’une certaine expertise dans leurs interventions.

Cette séquence d’ONPC met en lumière une dégradation incessante du débat public dans nos médias actuels. On peut étudier à travers cet extrait les études de deux théoriciens majeurs : Habermas et Arendt et y confronter l’offre grandissante d’espace publics et la massification des fluxs d’informations par les médias.  On peut alors se demander, quelle est la place des sujets sensibles comme les agressions sexuelles dans l’espace public actuelle et comment le talk show ONPC se place t-il dans ce genre de débat ?

Les médias représentent la condition de possibilité du débat public, donc de la démocratie représentative, intermédiaire entre représentants et citoyens. Selon Habernas, c’est un espace public délibératif, en somme le débat permet la délibération. Il le définit comme un lieu de partage mettant en communication des acteurs privées, qui vont constituer ce que l’on va appeler « des publics ». D’abord considéré comme un espace favorisant l’émergence d’une critique du pouvoir, un lieu doté d’une capacité émancipatrice pour le peuple. Habermas décrit par la suite un espace public hégémonique, puisque celui-ci favorise l’expression de la bourgeoisie au détriment du reste de la population, pour enfin aborder la « privatisation » de cet espace public, phénomène que nous constatons aujourd’hui avec les logiques commerciales qui régissent nos médias.

Les téléspectateurs qui ont visionné ce débat entre Christine Angot et Sandrine Rousseau ont assisté à un spectacle vécu par les spectateurs et les invités avant eux. Cet échange alliant dispute, effusion, larmes… Repose sur l’incompréhension entre les deux femmes.

L’annonce des invitées de l’émission du 30 septembre 2017, insiste à penser que nous assisterons à une discussion constructive entre les deux femmes. Toutes deux victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles, luttant chacune à leur manière pour avancer dans leur processus de reconstruction. Nous nous attendions donc, à un minimum de soutien et compréhension l’une envers l’autre.

Mobilisation et mouvement contre les violences et le harcèlement fait aux femmes extrêmement présent dans nos sociétés contemporaines

2017, année qui s’ancre dans une continuité et une mobilisation toujours plus importante : mouvement #metoo, affaire politique, campagne contre le harcèlement, ou réseaux sociaux qui s’enflamment et prennent le relais des médias “traditionnels” pour chaque affaire qui éclate. Des milliers de personnes se rassemblent et réagissent dans nos espaces publics pour rappeler l’importance et la gravité de ces violences. Féminisme toujours grandissant, affaire politique qui éclatent et réactions de plus en plus intransigeantes face à la justice.  Les agressions sexuelles et le harcèlement sont des sujets extrêmement sensibles dans notre société actuelle. Notre société contemporaine permet une liberté de parole sans précédent et les femmes ayant subi des agressions sexuelles deviennent ambassadrice, porte parole, figure publique, motivées par la force de l’unité face à un fléau commun minimisé par le silence. Une dynamique se créee où les femmes ne veulent plus se noyer dans un processus de victimisation. Grâce aux médias, aux fluxs d’information toujours croissants et au relais incroyable que sont les réseaux sociaux, des mouvements de révolte d’ampleur sans précédent apparaissent et font avancer considérablement les mentalités

Christine Angot et Sandrine Rousseau : l’affrontement de deux victimes

Comme on vient de le voir dans ce débat complexe autour de la table ne s’articule plus le simple rôle d’invité et de chroniqueur, c’est l’intime qui parle. Le silence du médiateur, des chroniqueurs et des autres invités renforce le sentiment de solitude des deux femmes, elles débattent seules, sur un sujet que malheureusement les deux connaissent que trop bien. Même sur le plateau elles sont confrontée à la réalité face à l’incompréhension d’une l’assemblée murée dans le silence qui ne réagit pas.  Ce n’est pas un débat entre une victime et son bourreau comme nous le suggère les images, mais simplement de deux femmes blessées, victimes de violences, d’abus sexuels qui ont des manières différentes d’exprimer leur souffrance.

Les champs lexicaux et le vocabulaire choisi par Christine Angot et Sandrine Rousseau en disent beaucoup, fortes de leurs histoires personnelles et leurs ressentis différents. On voit pour Sandrine Rousseau qu’il y a l’importance du collectif et l’appartenance à un groupe. Sandrine Rousseau utilise beaucoup le mot “on”, “on a mis en place” “on a été”, dû à sa position de femme politique. Elle fait de son drame personnel un combat commun au sein de son parti comme elle l’explique sur le plateau, porter cette cause sur les violences sexuelles faites aux femmes, incluant même les hommes dans ce combat : “Les hommes souffrent de ces violences faites aux femmes “. Alors que Christine Angot a une attitude plus solitaire,  pour elle le collectif n’est pas la solution : “on se débrouille’’ , ‘’on ne fait pas dans un parti politique la question des agressions sexuelles on le fait avec l’humain”, “Y a personne pour l’entendre”. C’est d’ailleurs sur ces phrases que le ton monte entre Christine Angot et Sandrine Rousseau, pour la femme politique c’est un problème à régler ensemble, collectivement alors que pour la chroniqueuse le processus de guérison se fait seul, c’est une affaire intime dont on ne peut pas faire d’usage politique. Par ailleurs quand Christine Angot évoque les projets ou elle est sollicitée qui parle de viol, d’agression sexuelle, elle dit toujours refuser car elle ne veut pas “être une figure imposée”, “je ne fais pas partie d’une brochette de victimes”. Et le montage de l’émission accentue cela, gros plan sur Sandrine Rousseau qui pleure, on la fait passer pour une victime, alors que Christine Angot à travers ce montage ne montre pas un moment de faiblesse, la partie ou elle quitte le plateau est même coupée. On assiste à deux femmes seules, blessés et victimes de violences sexuels qui font éclater leur émotion entre elles avec des réactions extrêmement à vif.

Le chroniqueur Yann Moix va justement justifier cette différence de point de vue et de ressenti par le statut des deux femmes. Christine Angot est une femme qui a subi un inceste durant sa jeunesse et qui est devenu écrivain, elle publiera d’ailleurs plusieurs livres sur ce sujet, et c’est comme cela qu’elle a extérioriser sa douleur, seule en écrivant. Yann Moix dit d’ailleurs « le but de l’écrivain c’est de regarder la réalité en face’ la chroniqueuse met aussi un point d’honneur à ne pas être qualifié d’auteure ( au féminin) mais d’auteur pour ne être associée à rien d’autre qu’à une personne et non pas à un genre.  Sandrine Rousseau est une femme politique et pour les deux chroniqueurs de on est pas couché à cause de sa profession elle tient donc un discours politique qui s’éloigne du témoignage.

le cadrage médiatique comme arène d’un affrontement commandité 

Cette émission de débat est enregistrée au préalable avant sa diffusion. Il est important de considérer l’enregistrement comme préambule au passage à l’antenne. Pour l’émission du 30 novembre 2017, l’enregistrement s’est fait deux jours plus tôt.  Présent sur le plateau, comme nous pouvons le voir lors du visionnage, le présentateur, les chroniqueurs, les invités et le public. Ces nombreuses personnes sur le plateau sont donc à même de parler de leur expérience au sein du studio, avant la sortie sur les écrans de l’émission. Le lendemain de l’enregistrement les premières réactions face à ce tournage difficile apparaissent dans la presse, un affrontement violent entre la chroniqueuse Christine Angot et Sandrine Rousseau est l’objet des indignations journalistiques. L’altercation entre les deux femmes pousse même l’écrivaine à sortir du plateau dans une effusion de tristesse et de rage face à une invitée décontenancée en pleure, il est rapporté que sa sortie s’accompagne du jet de ses notes et de son verre d’eau avant de rejoindre sa loge en criant et en pleurant. Cette situation va durer une vingtaine de minutes sur le tournage, minutes que la chaîne décidera de supprimer volontairement au montage, ne jugeant pas la scène pertinente pour le débat « le bref passage du départ du plateau […] éditorialement, n’apporte rien sur le fond […] L’émission a en effet préféré ne pas diffuser cette image, à l’heure où plus rien ne s’efface, et faire preuve d’élégance. » La chaîne affirme que « La teneur de l’interview sera conservée, et les propos ne seront évidemment pas dénaturés. »

Cette sortie était pourtant primordiale pour le public, lui permettant de se forger une opinion en ayant connaissance de tous les faits s’étant déroulés ce jour là. L’absence de mention, faisant écho de cette sortie de plateau de Christine Angot,  peut-être qualifiée de censure de la part de la chaîne. Nous pouvons même aller plus loin et y voir une assignation de rôle, l’invité victime de son bourreau la chroniqueuse. Ce montage, au delà du contenu de l’émission, favorise l’indignation médiatique que suscita le show après sa diffusion.

Le jour de son passage télévisé, l’émission démarre vers 23h30, Sandrine Rousseau est présentée par Laurent Ruquier et prendra la parole vers 2h du matin.Les téléspectateurs assistent alors à 18 minutes d’échange « houleux » entre l’invité et Christine Angot, marqué par les brèves intervention de Laurent Ruquier et Yann Moix. La séquence « allégée » du départ de la chroniqueuse est découpée en 155 plans distincts, dont un tiers seulement est centré sur l’invité. Ce parti pris de découpage montre de manière subjective le rôle de chacun lors de cet échange, l’omniprésence de Christine Angot accentue son statut de “méchante”. face à Sandrine Rousseau peu présente. Cette dernière peu représentée est surtout “affichée” en plein effondrement émotionnelle, porteuse d’un langage corporelle très révélateur, elle a les bras croisée, elle se protège et rentre alors dans le rôle qu’on lui assigne, celui de victime.

La plupart sont des plans serrés, des plans poitrine, ne permettant pas aux téléspectateurs d’observer le public, les poussant au cœurs de l’affrontement entre les deux femmes, sans possibilité de respirer en se perdant sur les détails pouvant transparaître d’un cadrage hasardeux. Les plans s’alternent entre Christine Angot et Sandrine Rousseau. Afin d’accentuer encore plus l’ambiance oppressante et le réalisme du visionnage, la production propose des plans venant scinder l’écran en deux, faisant apparaître à la fois la femme politique et l’écrivaine, poussant les téléspectateurs au rang de spectateurs directs, leur permettant d’observer les réactions de l’une par rapport aux paroles de l’autre. Les rares plans où nous pouvons apercevoir le plateau dans sa globalité, sont au final recentrés sur les deux intervenantes qui sont mise en abîme à l’aide de deux écrans géant projetant leurs images au sein même du plateau. Ces écrans permettent une captation de l’intention à la fois du public présent sur le plateau mais aussi de l’audience télévisuelle. Nous pouvons effectuer un découpage en deux temps pour ce débat, le premier étant avant le départ de Christine Angot et le deuxième après son retour.

La première partie est marquée par une prise de parole majoritaire pour Sandrine Rousseau qui parle calmement, de son expérience, de son livre et de son vécu. Elle échange avec Laurent Ruquier qui joue son rôle de présentateur et fait même intervenir Yann Moix. Cette courte première partie s’arrête au moment où Sandrine Rousseau prononce «  des gens formés pour accueillir la parole », elle est interrompu par Christine Angot « Formées pour accueillir la parole, mais qu’est-ce que j’entends ?, l’interrompt alors, Christine Angot. Arrêtez de dire des choses comme ça! (…) Non mais moi attendez, je retourne dans ma loge. Là c’est pas possible. Moi je ne peux pas entendre des trucs pareils « qui va alors prendre la majorité de ce temps de parole sur ce débat.

S’en suit une succession de plans montrant la colère de la chroniqueuse d’une part et l’effondrement de Sandrine Rousseau, au rythme des paroles de son « adversaire ». Christine Angot dans sa manière de s’exprimer, dans le contenu de son discours, appuyé par la manière de filmer, est positionnée comme attaquante face à une victime qui se veut silencieuse, mais dont le langage corporelle traduit un profond malaise. Après un monologue de la chroniqueuse, Laurent Ruquier, pouvant être perçu presque moqueur, rentre enfin dans son rôle pour clôturer l’échange là encore de manière bien maladroite, offrant le dernier mot à Sandrine Rousseau. Cette dernière très secoué par tout le débat et les accusation dont elle fait l’objet de la part des deux chroniqueurs conclu de manière neutre, revenant au fondement de son intervention, le dénonciation des violences faites aux femmes, et la prise de parole par rapport à ce sujet avec la volonté de faire changer les choses.

La manière de filmer, le montage, la quasi absence de modérateur, montre un parti pris de la part de la production de susciter des réactions de la par des téléspectateurs mais aussi de l’ensemble de l’auditorat français. Avec cette émission toutes les conditions étaient réunies pour engendrer de la parole auprès des spectateurs, bonne ou mauvaise peu importe, le but premier étant d’augmenter l’audience globale du show en surfant sur le clash. ONPC est connu pour ses contenus polémique, mais avec cette émission la violence du sujet a dérangé beaucoup de monde, offrant au yeux de tous une invitée en difficulté émotionnelle face à une chroniqueuse elle-même en difficulté mais sacrifiée au nom du « buzz ». De plus fort de la promotion gratuite reçue par les articles de presse le jour précédent la diffusion de l’émission, cette dernière remporte 19% du pda et 19 millions de téléspectateurs motivé par leur curiosité et leur indignation. 

Témoignages privés et sphère public dans l’émission ONPC : une association impossible ?

Hanna Arendt étudie la Disparition du public et du privé dans la modernité. « quand on partage une expérience, et que les autres voient ce témoignage, on partage cet espace publique » . Idée que l’apparence et le partage des expériences sont quelques choses qui sont importants car ils constituent la réalité du monde. Nous retrouvons clairement  cette théorie dans le débat entre Sandrine rousseau et Christine Angot.

Face aux propos que tiennent les deux femmes l’une envers l’autre, les rôles de chacun des médiateurs de l’émission (présentateurs et chroniqueurs) se voient complètement brouillés. Leur rôle de politique, journaliste ou écrivain sont effacés, dans cette séquence, c’est l’humain et l’émotion qui parlent.  Dès le début de l’extrait, Ruquier précise « j’aimerai vous laisser parler sans que mes camarades vous donnent leurs points de vu sur l’écrit, parce que au fond et vous le dites vous même, vous n’avez pas écrit une œuvre littéraire, ce que vous vouliez c’était lancer un appel ». On peut constater que dès le début de sa prise de parole, Sandrine Rousseau est marquée par beaucoup d’émotion, elle semble lancer un appel au secours. Christine Angot semble piquée à vif et révoltée par les propos de l’écrivaine, elle compare son expérience de femme abusée à celle de Sandrine Rousseau. Nous avons là tous les éléments rassemblés pour que le débat s’enflamme et assistons à un  violent clash entre les deux femmes. L’une s’est déjà forgée une « carapace », l’autre est en plein processus de reconstruction. Sandrine Rousseau craque au bout d’une dizaine de minute, comment cela est il possible ?

Aucun des interlocuteurs ne réagit ou n’intervient. Pourtant comme nous pouvons le remarquer dans beaucoup d’émissions d’ONPC, les chroniqueurs et médiateurs interviennent toujours pour exprimer leur parti prit et mécontentement.  C’est même eux qui peuvent être le déclenchement d’un clash entre les invités ou entre chroniqueurs et invités. Ici one st face à un duel destructeur devant lequel personne n’ose intervenir. ONPC a d’ailleurs coupé la séquence ou Christine Angot sort du plateau, choix médiatique ou clash poussé trop loin ? on peut quoi qu’il en soit affirmer que les médiateurs de l’émission étaient complètement hors de contrôle, Yann Moix et Laurent Ruquier n’ont pas su reprendre et ramener le débat dans un contexte permissible et visionnable. Culture du buzz dans ONPC poussé trop loin, émission censurée et polémique très critiquée et relayée dans la sphère public.

Sources :

2 commentaires

  1. LouiseC dit :

    La mise en contexte de votre article est pertinente mais à nuancer selon nous. Nous nous sommes interrogées sur le lien fort que vous établissez entre le débat C. Angot vs S. Rousseau et les faits récents d’actualité. En effet, l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo ont émergé sur la toile quelques semaines après la diffusion du débat. La manière dont les faits sont mis en parallèle peut prêter à confusion. Il aurait été en fait intéressant de faire non pas un lien de causalité mais de s’interroger sur la pertinence et le retentissement du débat à cette époque. La venue de S. Rousseau a certainement été une prémisse de la libération de la parole des femmes mais les événements cités dans votre article sont à utiliser avec nuance et parcimonie puisqu’ils n’ont pas eu d’impact sur le débat et les réactions suscitées.

    La dégradation du débat public à la télévision, comme vous l’avez souligné, est souvent due à une intention de “buzz”, nous éloignant de son objectif premier. Mais le “buzz” est une opportunité commune pour l’émission, qui voit croître son audimat, et l’invité.e qui se voit offrir de la visibilité. Concernant l’émission d’ONPC du 30 septembre 2017, nous n’y voyons pas un “buzz” prémédité. Pour sûr, S. Rousseau savait dans quoi elle s’engageait, l’émission étant réputée pour être cinglante vis à vis de ses invité.e.s. Mais il est difficile de préparer ce genre de débat à l’avance, compte tenu de la teneur du sujet et l’expérience commune de S. Rousseau et C. Angot. La production y a peut être vu une opportunité de faire parler de l’émission (qui fut un succès, pour preuve le nombre de réactions sur Twitter) mais la chroniqueuse, vu son état et son attitude, ne l’a certainement pas fait “au nom du buzz”. Dans cet article, vous précisez : “Cette sortie (ndlr. de C. Angot) était pourtant primordiale pour le public, lui permettant de se forger une opinion en ayant connaissance de tous les faits s’étant déroulés ce jour là. L’absence de mention, faisant écho de cette sortie de plateau de Christine Angot, peut-être qualifiée de censure de la part de la chaîne.” Mais est-ce réellement utile pour le débat de diffuser à la télévision cette séquence-pagaille qui a duré près de 20 minutes ? Cela paraît contre-productif et s’apparente, cette fois, à une recherche absolue de “buzz”. Diffuser cette scène n’aurait rien apporté de plus au coeur du débat et n’aurait rien changé aux réactions qui ont suivi sur les réseaux sociaux et autres plateformes d’information, si ce n’est les rendre d’autant plus violentes. Lors de l’émission, il y a eu du “clash”, certes, mais également un réel débat de fond, important et essentiel pour les combats féministes.

    Ces expériences ont été vécues de manières différentes et ont suscitées des réactions différentes. Sur le plateau, comme vous l’avez justement énoncé, nous assistons à deux façons distinctes d’aborder cette souffrance “commune” et donc différentes façons d’en parler. L’analyse que vous en faîtes est très intéressante et l’opposition entre l’utilisation du ‘“je” et du “on” illustre très bien vos propos.

    Pour revenir sur le point de vue de Y. Moix et C. Angot, que vous avez souligné dans votre article, je cite : “Sandrine Rousseau est une femme politique et pour les deux chroniqueurs de On N’est Pas Couché à cause de sa profession elle tient donc un discours politique qui s’éloigne du témoignage.”, il est en réalité possible de nuancer cette affirmation. Dans son essai “Repenser la sphère publique : une contribution à la critique de la démocratie telle qu’elle existe réellement”, Nancy Fraser énonce un certain brouillage entre ce qui est public et ce qui est privé, ce qui relève du politique ou de l’intime, remettant partiellement en cause la définition d’espace public d’Habermas. Elle propose l’idée selon laquelle “Seuls les participants peuvent décider eux-mêmes de ce qui relève ou non de l’intérêt commun.”. Il est aisé de rapprocher les idées de Fraser, féministes pour la plupart, du débat qui se déroule sur la plateau. Vous dîtes que Y. Moix et C. Angot sous-entendent que le discours politique ne doit pas être allié du témoignage (et inversement). C’est en prenant le sujet des violences domestiques faites aux femmes que Fraser avance que ces actions, enfermées originellement dans la sphère privée, sont grâce à un discours contestataire devenues d’ordre public. Elle explique que “c’est précisément au cours d’un discours contestataire que l’on décidera de ce qui deviendra un sujet de préoccupation commune”. Ainsi, dans le cas de l’oeuvre Parler de S.Rousseau, le témoignage peut et doit devenir d’ordre politique, de ressort public, puisqu’il s’ancre dans une réalité nationale, voire universelle.

    Nous souhaitons également nous pencher sur une phrase qui nous a interpellées dans l’avant dernière partie de votre article : “ONPC est connu pour ses contenus polémiques, mais avec cette émission la violence du sujet a dérangé beaucoup de monde, offrant aux yeux de tous une invitée en difficulté émotionnelle face à une chroniqueuse elle-même en difficulté mais sacrifiée au nom du “buzz”.”. Il aurait été intéressant de comparer les deux figures en conflit et leurs qualités oratoires. C. Angot, repérée et (re)connue pour son ton très incisif et son talent oratoire, est une adversaire redoutable en terme de débat. Elle a été embauchée, comme bon nombre de chroniqueur.euse.s, pour sa force de caractère. Les intervenant.e.s autour de la table ne peuvent humainement pas être expert.e.s dans tous les domaines et se doivent donc d’être rusé.e.s et réactif.ve.s. Face à une C. Angot formée et compétente pour ce type de débat, S. Rousseau avait très peu de chance de s’en sortir. Elle termine son altercation peu sûre d’elle, décontenancée et à court d’arguments. Cette perpétuelle recherche de “personnalités” autour des tables de discussion dans les émissions de talk-show nous a fait penser aux idées de Sennett concernant la personnalité en public. Il explique dans Les tyrannies de l’intimité que le monde politique, et donc public, est conçu comme une sphère dans laquelle s’affirme la personnalité. Citer le paragraphe qui suit nous permet d’établir un lien avec les qualités attendues chez un.e journaliste ou chroniqueur.euse de ces émissions : “Nous refusons toute valeur, toute dignité aux processus répressifs que le monde victorien s’est imposé quand la confusion entre le public et le personnel est devenue trop grande. Nous essayons de nous “libérer” de ces processus répressifs en cultivant davantage la personnalité, en tâchant d’être plus francs, plus ouverts, plus authentiques dans nos rapports avec les autres.”. Ces affirmations illustrent bien ce qui est attendu de C. Angot et qu’elle offre naturellement, sans aucune hésitation ou aucune retenue, face à S. Rousseau. Dans cette arène, deux personnalités s’affrontent, l’une “armée jusqu’aux dents”, prête depuis toujours à en découdre, l’autre moins préparée et plus vulnérable, certainement parce-que cette arène s’éloigne de son terrain de compétences.

    A l’avenir, nous vous recommandons de porter plus d’attention à la relecture de votre article, qui évitera de nombreuses répétitions. C’est tout ce que nous souhaitions ajouter à vos propos. Merci pour cet article dense et étoffé, qui nous a ouvertes à de nouvelles perspectives et de nouveaux questionnements.

  2. Juliette, Marion, Ophélie dit :

    Nous souhaitons tout d’abord vous remercier pour le commentaire que vous avez laissé et l’importance donné à notre article. nous souhaitons revenir sur quelques point de votre commentaire qui pourrait prêter à confusion et ne semblent pas toujours en adéquation avec la thématique que nous souhaitons faire apparaître dans notre article.
    Dans votre commentaire vous jugez contrairement à nous que la sortie de Christine Angot a été coupé à bonne escient pour justement éviter cet ‘effet buzz’ et que cette sortie n’aurait rien apporté au débat. Pour nous cette sortie de la chroniqueuse aurait dû être montrée non pas comme un élément de buzz mais aurait pu apporter une autre lecture aux téléspectateurs et comme dit dans notre article: montrer que nous ne sommes pas dans une position de victime vs. bourreau, et que Christine Angot est elle aussi affectée par ce débat. Sa sortie signifie que les propos de Sandrine Rousseau sont pour elle insupportables, qu’elle appréhende et voit son agression de manière différente, sans pour autant juger celle de la femme politique. Elle semble perdue et dépassée, elle préfère donc mettre un terme au débat, qui est tout autant déstabilisant pour elle que pour l’interviewée. Cette sortie aurait montrée aux téléspectateurs que nous sommes bien face à deux victimes qui ne se comprennent pas, elles sont chacune meurtries par les violences qu’elles ont subi et ne sont pas à la même “étape” dans leur processus de reconstruction personnelle. La diffusion de la sortie de Christine Angot nous semblait ainsi primodiale à diffuser pour inciter à une total transparence de ce qui c’est passé lors de ce débat. Ne pas montrer le départ de la chroniqueuse renforce l’idée que le public peut se faire : un débat entre un bourreau et sa victime.
    Un point dans votre commentaire nous a particulièrement parlé, et vous l’associez très justement avec les idées de Sennett : ‘Cette perpétuelle recherche de personnalités autour des tables de discussion dans les émissions de talk-Show’ et cela est d’autant plus vrai dans l’émission ONCP, les deux chroniqueurs choisi autour de la table ne sont pas là par hasard est ont pour but d’exprimer ‘des personnalités ‘ différentes, des opinions contraires. On peut citer le duo Zemmour et Naulleau qui ont été chroniqueurs de 2007 à 2011. Éric Zemmour connu pour ses idées de droite voir extrême et Eric Naulleau pour ses idées plus de gauche. Les deux chroniqueurs étaient donc les représentants d’idéologie différentes et pour une émission comme ONPC cela semble être plus propice au ‘clash’ ‘buzz’.
    Nous souhaitons revenir sur un point de notre article qui vous a interpellé, nous avons remis en contexte l’importance des mouvements contre les agressions sexuelles et morales faites aux femmes dans le premier paragraphe de notre article. Cette partie a retenue votre attention car vous avez cité dans votre réponse à notre article: “l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo ont émergé sur la toile quelques semaines après la diffusion du débat. La manière dont les faits sont mis en parallèle peut prêter à confusion.” “les événements cités dans votre article sont à utiliser avec nuance et parcimonie puisqu’ils n’ont pas eu d’impact sur le débat et les réactions suscitées.”
    Nous n’avons en aucun cas fait un rapprochement entre le mouvement #metoo, l’affaire weinstein et le debat christine Angot / sandrine Rousseau. Nous avons simplement remis en contexte l’époque dans laquelle nous vivons et l’importance de cette problématique actuelle. Il nous semblait fondamental de parler des mouvements et des manifestations qui font avancer de manière positive la lutte contre les violences faites au femme. Le mouvement #metoo et l’affaire Weinstein sont des faits récents qui parlent à beaucoup d’entre nous, les citer nous semblait important pour représenter certain mouvement et boom politique qui ont éclaté durant cette dernière décennie. Cette remise en contexte justifie notre choix, nous avons choisi cette séquence d’ONPC et non une autre car elle correspond parfaitement à ce que notre siècle est en train de vivre: des mouvements, incompréhensions et débats hyper relayés sur le web concernant les femmes.
    Pour exemple, si nous avions choisi une séquence d’émission portant sur un débat touchant les problèmes climatiques, même si la séquence avait été en 2017, nous aurions remis en contexte en parlant des nombreuses manifestations qui ont lieu en ce moment même (pour montrer simplement l’importance de cette problématique ancrée dans notre siècle). Une précision supplémentaire nous tient à coeur dans une de vos phrases énonçant que “le mouvement metoo a émergé sur la toile quelques semaines après la diffusion du débat”. Pour ne pas laisser une fausse information à nos lecteurs, nous souhaitons préciser que le mouvement #metoo est apparu en 2007 par Tarana Burke, activiste afro-américaine, qui a lancé sa campagne pour les victimes de violences sexuelles. Cette campagne a bien entendu été relayé sur les réseaux il y a déjà une décennie (2007). Cette introduction faisait donc echos à l’origine de ce mouvement. Les récits autobiographiques comme le livre de Sandrine Rousseau ou la version plus romancée de Christine Angot pouvant pouvant être perçus, pour nous, comme matière aux fondations de la version 3.0 d’un mouvement de protestation féministe.
    “Il aurait été intéressant de comparer les deux figures en conflit et leurs qualités oratoires.”. Nous sommes tout à fait d’accord avec votre remarque, nous aurions pu comparer plus en profondeur leur profession et le rapport qu’elle tienne avec l’aisance oratoir (l’une qui a pour habitude d’être agressive, incisive, et l’autre plus douce et retenue sur l’agressivité de ses propos). Ce nous avons préféré insisté sur le fait que dans cette séquence, les masques tombent, nous sommes face à deux victimes, c’est l’humain qui parle et non pas une Christine Angot pour habitude “agressive” et une Sandrine Rousseau “qui se tait”. Votre propos renforce une thématique avec laquelle nous ne sommes pas d’accord: un affrontement bourreau (Angot) et victime (Rousseau). en effet comparé leur qualité oratoir aurait été contraire à tous nos propos. Pour nous il était primordiale de faire ressortir le fait que nous sommes face à deux êtres humains de sexe féminin égaux dans le “statut de victime”, nous ne voulions pas nous focaliser sur les attributions de rôle imposée par la production du talk-show.

    Nous souhaitons revenir sur une remarque pertinente faite dans votre commentaire au sujet de notre article :
    “Concernant l’émission d’ONPC du 30 septembre 2017, nous n’y voyons pas un “buzz” prémédité.
    Pour sûr, S. Rousseau savait dans quoi elle s’engageait, l’émission étant réputée pour être cinglante vis à vis de ses invité.e.s. Mais il est difficile de préparer ce genre de débat à l’avance, compte tenu de la teneur du sujet et l’expérience commune de S. Rousseau et C. Angot. “ vous semblez vous contredire vous même en confirmant par la suite de votre commentaire que:
    “Face à une C. Angot formée et compétente pour ce type de débat, S. Rousseau avait très peu de chance de s’en sortir”. Ainsi l’émission savait elle qu’un débat enflammé aurait lieu avec les deux invités?
    Nous tenons à préciser que dans notre article nous émettons une hypothèse de départ sans avoir vu le clash : “Toutes deux victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles, luttant chacune à leur manière pour avancer dans leur processus de reconstruction. Nous nous attendions donc, à un minimum de soutien et compréhension l’une envers l’autre.”

    (conclusion)

    Nous vous remercions de l’intérêt porté à notre article. Votre commentaire est pertinent car il souligne des points importants de notre article et permet de créer une ouverture et de nouvelles problématiques au sujet du débat Sandrine Rousseau / Christine Angot. Cependant nous aurions préféré que vos remarques ne s’éloignent pas de la problématique que nous avions émis au début de notre article et qui a ainsi guidé notre réflexion et nos arguments: Quelle est la place des sujets sensibles comme les agressions sexuelles dans l’espace public actuelle et comment le talk show ONPC se place t-il dans ce genre de débat ?
    Nous aurions trouvé cela plus pertinent de votre part que vous preniez en compte le contexte dans lequel ce débat s’inscrit et la manière dont nous avons construit notre analyse subjective puisque écrite selon un angle choisi, en ne critiquant pas des propos de notre article “au cas par cas”. Chaque détails de ce débat s’inscrit dans contexte social qu’il faut traiter dans son ensemble et qui se veut trop important pour être écarté. En effet, il reflète la place du débat public dans notre société contemporaine, et les multiples interrogations concernant “la démocratie internet”.

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