Twitter : La possibilité d’un débat méta-médiatique ?

Twitter : vers un débat méta-médiatique ?

Le samedi 23 septembre 2017, Vald, rappeur de grande renommée, a été l’invité du présentateur Thierry Ardisson dans l’émission Salut Les Terriens sur la chaine C8. Le passage de l’artiste n’a duré que quelques minutes, mais a fait fortement réagir sur les réseaux sociaux en particulier sur Twitter, ainsi que sur les médias traditionnels et spécialisés rap. Au vue des réactions sur Twitter, suite au passage de Vald sur C8, After Rap, une émission de la radio Mouv’, s’est proposée de d’élargir le débat à travers le sujet : « Vald chez Ardisson et le rap dans les émissions de TV grand public ».

Avant de voir en quoi Twitter a permis un débat méta-médiatique et multi-médiatique, il serait intéressant de faire un court résumé des faits. Le passage de Vald fut bref. L’artiste est présenté comme un « Ovni ». Selon l’animateur, Vald « n’est pas un rappeur comme les autres ». Et pour cause, Vald n’est pas noir, ne s’adonne pas à la musculation et sait conjuguer le verbe croire. Des propos qui ont tout de suite fait réagir les internautes, et d’autres médias, en développant le débat. On peut alors s’interroger sur le rôle de Twitter dans un débat médiatique et comment ce dernier suscite et justifie l’élargissement d’un débat plus traditionnel sur la radio Mouv’ ?

Dans son texte, Internet et le débat démocratique, le sociologue Patrice Flichy souligne deux formes de discussions en ligne, la première relevant du registre de la sociabilité et la deuxième étant liée à la résolution de problème. Les réactions occasionnées à l’interview de Vald peuvent être considérées comme appartenant à la résolution de problème. Cependant, l’argumentation sur Twitter autour de l’interview a-t-elle donné lieu à une réelle résolution d’un débat plus large ou simplement à l’expression d’opinions divergentes ?

Twitter : plateforme médiatrice ou d’expressions de l’opinion

Lorsque l’on regarde le live tweet de l’émission, on observe un pic de réactions à 20h30. Cet horaire correspond effectivement au début de l’interview. En 6 min 39 d’entretien, 160 tweets ont pu être recensés. On observe alors en tête des tweets la mention : vald_ld avec 51,41% et le hashtag : #SLT avec 99,4%. Dans ces tweets on peut notamment relever un grand mécontentement de la part des personnes connaissant déjà le rappeur Vald :

« Ghost_Dog @vanist-d. 2017-09-23 20 :30 :54 putain 1hd’attente pour l’interview la plus naze de vald #slt »

« Le Male Alpha @RedWizard13. 2017-09-23 20 :31 : 12 Même pas 10 min @vald_ld jsuis dégouté putain #SLT »

Ici les réactions des supposés amateurs de Vald, sont plus que négatives. L’interview est perçue par ces derniers comme peu qualitative et trop courte. Outre les gens indignés de la manière dont l’interview a été traitée, on observe d’autres réactions toutes aussi  différentes les unes des autres.  Quelques tweets, cherchent à savoir qui est Vald et ne comprennent pas ce débat, et de surcroit, ne sont pas si « choqués » de ce traitement médiatique.

« Emilien @delaballe75 2017-09-23 20 :32 :13 #Vald Un mégalo qui a trouvé un filon et pousse à donf les ados au pogohyper violant dans ses concerts #slt »

« Valentin‏ @valtemp967 oct. 2017 Vald ne connaît pas le style Ardisson. Ca ne m’a pas choqué l’interview. Et certaines personnes l’ont peut être découvert grâce à #SLT »

On assiste alors à une fragmentation de l’opinion publique, entre les « fans » de Vald et les amateurs de l’émission d’Ardisson. Cependant, il est important de préciser que dans le live tweet ainsi que dans les tweets qui ont succédé l’émission (23 au 30 septembre), on ne constate pas de réels propos virulents entre les deux communautés. Au contraire, on relève principalement, des interrogations quant à la manière dont l’interview a été conduite. Nous sommes donc face à de simples expressions d’opinion publique. En effet, selon Flichy, le débat public ne permet pas forcément d’arriver à une solution mais juste à une simple prise de position.

Une fragmentation de l’opinion ?

Malgré l’importance des réactions sur Twitter, les opinions ne sont pas homogènes. En plus des tweets qui s’indignent du comportement de l’animateur envers son invité et ceux qui ne sont pas spécialement choqués de cette interview, on note d’autres réactions. Certains utilisateurs préfèrent rire de cette situation. En effet, Vald étant un rappeur friand de l’autodérision, beaucoup se sont amusés à tourner la séquence amusement. Lorsque l’on regarde les emojis les plus utilisés entre le 23 et le 30 septembre concernant le #vald, l’emoji « fou rire » est en première position. En ce qui concerne le live tweet, on retrouve le même emoji avec 28,66%.

« Le R‏ @romeoceleguegne23 sept. 2017 Quand tu turn up le vendredi soir mais que t’a Ardisson le lendemain #vald#slt »

« Halvin Kaaris‏ @mmichaelmyers23 sept. 2017Vald qui fait dodo à téco de Dupont-Aignan qui chouine chez Ardisson qui fronce les sourcils : Kamoulox sur #SLT »

En effet, ce dernier tweet fait référence à un jeu de télévision parodique « Kamoulox », qui n’a aucun sens. L’internaute compare ici l’interview de Vald à un jeu humoristique.

Twitter un élargissement du débat ? Entre racisme et stéréotypes

En parallèle de ces réactions, deux débats sont sous-jacents : le traitement des rappeurs dans les médias traditionnels et la question du racisme. On constate dans les relevés de tweets que de nombreuses personnes, on fait référence à d’autres émissions d’Ardisson, voire à d’autres émissions de télévision qui ont reçues des rappeurs. Le constat reste alors le même : les rappeurs ne sont pas « bien » reçus dans les émissions de médias généralistes ; ainsi le tweet :

« Cereal Killer‏ @ifalas24 sept. 2017 De Fabe chez Nagui à Vald chez Ardisson en passant par Oxmo à ONPC, jamais on n’a eu d’interview de qualité »

Alors le rap est-il mal accueilli sur les plateaux télévisés volontairement ou seulement par pure incompréhension de ce mouvement par les présentateurs qui interviewent ces artistes ? En effet, de nombreux tweets font référence à Thierry Ardisson et son mépris. Un téléspectateur cite Siboy, autre rappeur reçu une semaine plutôt dans la même émission.

« TJR FAN DE MARIE @DETTERO. 2017-09-23 20 :31 : 23 Dans #SLT on a eu le droit à Siboy et Vald en deux semaine, on doit même pas arriver à 10 minutes de passage à eux deux. Vive le rap »

Le sociologue Stuart Hall, développe en 1957 la théorie du « codage/ décodage » et la manière dont un message est reçu et interprété par le récepteur. On peut alors émettre l’hypothèse que Thierry Ardisson n’ayant pas les codes propres au rap et à cette culture musicale, ne recevait pas correctement le message car il n’en connait pas les codes. Le codage et le décodage étant deux étapes distinctes de la transmission du message, Thierry Ardisson ne reçoit pas décemment les rappeurs, car il n’est peut-être pas familier de cette musique. Reste tout de même l’indignation des internautes quant aux clichés associés au rap.

« EVIL GINIOUS @Evidji. 2017-09-26 12 :05 Tu te dis qu’en France il n’y a eu zéro évolution des grands médias sur la perception d’un mouvement devenu super massif ».

Thierry Ardisson insiste sur le fait que Vald ne soit « pas noir », ce qui ferait de lui, entre autres, un rappeur « pas comme les autres ». Le présentateur insiste sur le fait que le jeune rappeur soit né en banlieue. Enfin, il demande à l’artiste s’il envie « son frère qui est musulman ». Vald répond qu’il ne l’envie pas, mais qu’il l’aime, Thierry Ardisson renchérit alors « mais il est musulman ».

« Chittiesamia @ChittieSamia. 2017-09-23 20 :33 : 59 @lesterriens vald-ld Devenir musulman n’est pas mal, c’est l’homme qui crée le mal de la religion…L’amalgame est devenue une obsession #SLT »

Twitter s’est emparé du débat en élargissant, la problématique, il ne s’agit plus juste du traitement d’un invité sur un plateau télévisé, mais d’un questionnement quant aux amalgames injustement liés au rap. Twitter ouvre aussi le débat sur le racisme. 6,45% des tweets entre le 23 et 30 septembre, concernant l’émission, contiennent le hashtag #NDA. Ce hashtag serait à la fois la traduction de « violent » et la contraction de « In Da Hood » qui signifie « être dans le quartier ». Il serait le synonyme de « rien à faire des détracteurs » ici de Thierry Ardisson. Certains de ces tweets contenant ce hashtag étaient accompagnés de l’emoji « point levé » comme symbole de lutte, qui lui aussi apparait avec 6,45% dans les statistiques.

« b5tm9x‏ @b5tm9x#Putain@vald_ld y’a pas l’air de trop s’faire chier à #SLT chez #Ardisson.En plus v’là le voisin d’choix…#NDA#Vald#SalutLesTerriens »

Twitter : la plateforme des contre-publics ? Vers un espace public global

Nous sommes donc ici face à une communauté qui se sert de l’espace public qu’est Twitter pour dénoncer et attirer l’attention sur un phénomène plus important que le simple traitement médiatique d’un artiste.  La twittosphère soulève alors un débat qui concerne toute la société. Pourquoi certaines formes culturelles sont plus stigmatisées que d’autres ? On peut même se demander si sans les internautes de Twitter cette problématique serait ressortie ? Flichy s’adonne à dire que « le web c’est aussi ouvert à des courants d’opinion minoritaires voire marginaux ». Cette pensée rejoint celle de la philosophe Nancy Fraser, dans son texte Repenser la sphère publique : Une contribution à la critique de la démocratie telle qu’elle existe réellement, critique la sphère Bourgeoise conçue par Habermas. Selon elle, il est important d’accorder une place égale aux contre-publics, ici les défenseurs de du rap et les antiracismes. Tout le monde dans l’espace public devrait bénéficier de la même participation au débat. Twitter serait une arène discursive pour les contre-publics subalternes. Il faut une multiplicité d’arènes pour permettre la mixité et tendre vers un espace public global et partagé par tous. Il faut faire sortir les discussions du groupe d’appartenance pour qu’elles soient entendues. Les médias parallèles à Twitter sont alors ici très utiles pour continuer à faire vivre le débat.

Une multiplicité de médias : Ouverture du débat ou volonté d’attiser la haine ?

Le 2 octobre lors de l’émission After Rap de la radio Mouv’, certains des chroniqueurs (Fif’) se demandent pourquoi Vald est allé chez Ardisson dont l’émission n’est pas adaptée au rap. D’autres encore sont interloqués par le manque d’intérêt d’Ardisson pour la musique de Vald (Medhi Maizi). On observe alors une corrélation entre les pensées des chroniqueurs et les tweets :

« Testuo @SemmiFdj 07-10-2017 11 :12 En même temps il s’attendait à quoi Vald en allant chez Ardisson ? Si tu veux qu’on parle de ta musique c’est le dernier endroit ou faut aller »

Le chroniqueur Genono, cite un contrexemple, celui du rappeur Sadek qui est allé dans l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché, où tout s’est bien déroulé. On observe alors dans les tweets du 2 octobre sur l’émissions After Rap que le compte @ruquierofficiel a été mentionné 16 fois. Exemple même de l’ouverture d’un débat méta-médiatique, de nombreux tweets ont incité Vald à faire On n’est pas couché, de manière ironique pour la plupart, et d’autres de manière plus sérieuse. On peut se demander si Twitter vise à un véritable élargissement du débat ou simplement à un attisement de haine et de simple curiosité pour les scandales médiatiques.

« Teddy‏ @Teddy_Oxolast12 févr. 2017@ruquierofficiel Faut recevoir @vald_ld dans #onpc#agartha »

A la suite d’After Rap et des réactions sur Twitter Vald s’est permis de répondre de manière cinglante dans une vidéo Instagram, indiquant qu’il ne ferait plus jamais de télévision et en précisant qu’il avait demandé à ce que cette séquence soit retirée, car il la jugeait inutile. La production avait alors gardé la séquence. Pourquoi garder une telle séquence ? Est-ce pour créer volontairement un « buzz » autour de l’émission ?

En parallèle, de nombreux médias se sont emparés de l’affaire, en retweetant la vidéo Instagram de Vald ; de Booska’P aux Inrocks, en passant par Interlude ou encore Le Figaro et Le HuffingtonPost. Pourquoi des médias tels que Le Figaro qui ne sont pas particulièrement sensibilisés à la culture rap s’intéressent-ils à l’affaire ? Est-ce là encore dans le but d’une recherche avide de scoop ? Selon Flichy le débat sur internet ne suffit pas, car souvent isolé et en marge, l’aide de médias traditionnels est donc nécessaire. Cette idée rejoint celle de Fraser qui insiste pour que les discussions minoritaires soient traitées dans l’espace public. On peut alors voir les retweets des grands médias comme une sorte d’aide. Ils seraient ici les porte-paroles d’une polémique en marge. 

Twitter permet un élargissement du débat. Un débat méta-médiatique qui offre la parole à une pluralité d’acteurs, qui fragmentent l’espace public, sans pour autant arriver à une résolution du débat. A la suite de cette polémique qui a enflammé l’espace public qu’est Twitter, un youtubeur du nom de Riles, a fait une vidéo réaction à la séquence de l’émission de Thierry Ardisson. On voit donc que le débat a évolué et s’est multiplié sur différents médias, via Twitter qui est un vecteur de la pluralité de l’opinion public, et qui tend à un espace public commun à tous.

Sources :

  • Fraser Nancy « Repenser la sphère publique : Une contribution à la critique de la démocratie telle qu’elle existe réellement », extrait de Habermas and the Public Sphere, 1992, p. 109-142
  • Flichy Patrice « Internet et le débat démocratique », La découverte : Réseaux 2008/4 n°150, p. 159-185.
  • Encyclopédia Universalis, Stuart Hall (1932-2014) https://www.universalis.fr/encyclopedie/stuart-hall/
  • Rap Genius, PNL, paroles « DA » https://genius.com/Pnl-da-lyrics
  • Chiffres et statistiques INAthèque

Adriana FERRI, Nathan HUBERT, Dinis TUNA PEREIRA

2 commentaires

  1. devrick dit :

    Tout d’abord il nous semble essentiel d’initier ce commentaire en vous remerciant pour le travail fourni sur cet article, tant sur les choix des supports théoriques qui soutiennent votre argumentation que sur le style de l’écriture qui rend la lecture agréable et fluide.
    Sur la forme, l’image d’en tête associée au titre de l’article est une parfaite accroche pour présenter les acteurs du débat, à savoir le rappeur Vald et le présentateur Thierry Ardisson. De plus, l’insertion fréquente de tweets en réaction à l’émission illustrent les postulats exposés tout au long de l’article et permet d’espacer les paragraphes qui correspondent à différents temps de votre argumentation.
    Sur le fond, le rappel des faits en début d’article ajouté à la capture où est mentionnée « Vald : l’Eminem blanc » pose le tableau d’entrée de jeu. En effet, la lecture abondant de prénotions péjoratives à propos du rap est mise en exposition sur le plateau de « Salut Les Terriens ». Le recours à Patrice Flichy est tout à fait judicieux. Dans son ouvrage Internet et le débat démocratique, Flichy évoque le fait qu’Internet apparaît, selon plusieurs auteurs, comme un « nouvel espace public habermassien ». En effet, cette lecture inspirée de la démocratie athénienne positionne le réseau social Twitter comme un « agora électronique » permettant l’expression des citoyens.
    Le début de l’article montre que les opinions ont tendance à être fragmentées. Virginie Julliard dans son article #théorie du genre : comment débat-on du genre sur twitter ? montre que les techniques d’écriture propres à Twitter, entre autre les hashtags ou encore les retweets, vont scinder les arènes de discussion de façon à ce que les internautes aux opinions divergentes ne soient pas en interaction. Nous le constatons avec les internautes qui défendent Vald et ceux qui sont des habitués de l’émission de Thierry Ardisson. Une barrière opaque semble les empêcher d’interagir.
    L’axe qui analyse les stéréotypes et le racisme au moyen de la théorie de Stuart Hall nous semble plus que pertinent. Le postulat selon lequel Thierry Ardisson ne comprend pas les codes du rap pourrait coïncider avec le mode de réception oppositionnel décrit par le sociologue jamaïcain. Nous pouvons ajouter à cela le fait que la culture hip hop en France est marquée par un paradoxe comme le souligne Pierre Lafargue de Grangeneuve. Lors de son introduction dans les années 1980, elle est à la fois catégorisée comme un problème public inhérent aux banlieues d’une part. D’autre part, la culture hip hop est instrumentalisée en politique publique afin d’apporter une solution aux problèmes sociaux. Nous pouvons alors postuler que Thierry Ardisson a intériorisé cette ambivalence de la culture hip hop en ne conservant que sa dimension problématique.
    Enfin, la référence à Fraser est judicieuse puisqu’elle s’attache à défendre les publics subalternes, catégorie dans laquelle se trouve le portrait paradigmatique du rappeur dépeint par les médias traditionnels. Twitter apparaît comme un outil de mise en agenda des problématiques spécifiques aux groupes marginalisées dans l’espace public traditionnel. Il serait alors intéressant d’analyser l’émission « After Rap » sur la radio Mouv’ ainsi que ses retombées Twitter afin de montrer en quoi cette émission se présente comme une voie alternative aux médias traditionnels.

    Bibliographie :
    Flichy Patrice « Internet et le débat démocratique », La découverte : Réseaux 2008/4 n°150, p. 159-185.
    Julliard Virginie. « ‪#Theoriedugenre : comment débat-on du genre sur Twitter ?‪ », Questions de communication, vol. 30, no. 2, 2016, pp. 135-157.
    Hall Stuart. « Codage/décodage », Réseaux, vol. 68, no. 6, 1994, pp. 27-39.
    Fraser Nancy « Repenser la sphère publique : Une contribution à la critique de la démocratie telle qu’elle existe réellement », extrait de Habermas and the Public Sphere, 1992, p. 109-142.
    Lafargue de Grangeneuve Loïc, 2008, « Politique du hip hop : action publique et cultures urbaines », in collection Socio-Logiques, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, pp. 9-17.

    1. Nathan dit :

      Merci pour votre commentaire et pour le sérieux avec lequel vous avez traité notre analyse. L’idée d’une barrière opaque entre les deux communautés opposées par ce débat, elle-même expliquée par la théorie de Virginie Julliard en rapport aux hashtags, nous semble très pertinente. Un autre moyen d’expliquer ce manque de communication pourrait également se faire par l’observation de la différence générationnelle qui oppose les deux parties. En effet, le public de Vald et le public de l’émission de Thierry Ardisson n’appartiennent pas à la même tranche d’âge, ainsi il est peu probable qu’un membre de l’une ou l’autre communauté tombe sur un tweet d’un membre de la communauté opposée en consultant le réseau. Suivant ce raisonnement, l’internaute peut d’ailleurs dans bon nombre de cas avoir l’illusion d’une certaine unanimité concernant un débat alors qu’il n’a tout simplement pas directement accès aux arguments du camp opposé, puisque celui-ci n’est pas compris au sein de sa timeline Twitter. Pour en finir avec cet argument, il est important de rappeler qu’un phénomène similaire s’est reproduit sur Twitter quelques mois plus tard en réaction à l’émission de Thierry Ardisson avec le Youtubeur Squeezie qui, à l’instar de Vald, regroupe une communauté de fans beaucoup plus jeunes que les habitués de l’émission de Canal +.

      D’autre part, comme nous l’avons expliqué dans l’article en évoquant la théorie de Fraser et comme vous l’avez explicité en évoquant Twitter comme « un outil de mise en agenda des problématiques spécifiques aux groupes marginalisées dans l’espace public traditionnel », le réseau social permet aux auditeurs de rap d’avoir une place pour débattre dans l’espace public. Cependant, il nous semble absurde que le public rap soit encore considéré comme un courant subalterne tant l’influence de cette musique et son importance dans l’industrie musicale n’a fait que croître au cours de ces dix dernières années. En effet, selon le rapport de la SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique) de 2017, année de la diffusion de l’émission d’Ardisson avec le rappeur Vald, le rap était alors déjà majoritaire dans la consommation numérique musicale des français, représentant 46% des streamings audio et 43% des streamings vidéos. Ce constat peut alors nous amener à nous questionner sur les raisons de la sous-représentation d’un mouvement si influent dans un espace public aussi important que la télévision. Pourquoi l’audience rap est-elle considérée comme marginale alors que celle-ci représente en réalité une majorité du public musical français ? Pourquoi l’auditeur rap doit-il se diriger vers des médias alternatifs alors que le rap s’est imposé comme le mouvement musical le plus influent au niveau national ?

      Ainsi, les deux points évoqués plus tôt permettent d’aboutir à une meilleure compréhension du décalage qui existe entre les médias généralistes et leur réception sur les réseaux sociaux au sujet du rap. D’un côté nous avons un milieu de la télévision souvent représenté par et visant une tranche d’âge ne représentant pas les plus grands consommateurs de musiques et ne comprenant souvent donc pas les enjeux relatifs aux mouvements musicaux les plus populaires et de l’autre une plus jeune génération consommant en majorité un style musical sous-représenté en télévision. Cette deuxième catégorie va donc avoir tendance à se désintéresser complétement de la télévision et se tourner vers les réseaux sociaux, ce qui explique notamment l’arrivée de plus en plus d’émissions spécialisés sur la plateforme Youtube, qu’elles soient des contenus originaux ou bien des rediffusions radios comme pour After Rap, l’émission du Mouv’.

      Sources:

      https://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/11/15/une-interview-condescendante-du-youtubeur-squeezie-par-thierry-ardisson-tres-critiquee_5215229_4408996.html

      http://snepmusique.com/wp-content/uploads/2017/06/GUIDE-ECO-web.pdf

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